Chapelle de Quilinen

dimanche 14 décembre 2014

Historique, architecture, mobilier, calvaire et fontaine de la chapelle de Quilinen, classée Monument Historique


La chapelle de Quilinen / Chapel Kilinenn

Cette chapelle a été inscrite à l’inventaire des Monuments Historiques le 5 octobre 1925 et classée Monument Historique le 9 octobre 1990.

Située au cœur du pays Glazik, Quilinen était jusqu’à la Révolution une trêve de la paroisse de Briec, disposant d’un statut particulier qui lui conférait une large autonomie. Administrativement c’est en 1893 que le territoire de la trêve de Quilinen (le bourg et 27 villages disséminés) a été intégré à Landrévarzec érigée en commune de plein exercice après un échange de territoires entre Briec et cette nouvelle commune.


Origine du nom – Orin an anv

Il semblerait, d’après Bernard Tanguy, chargé de recherche au CNRS, que le nom de Quilinen correspond à celui du saint gallois Celynin qui est honoré à Llanpumsaint ainsi qu’à Llangelynin (Pays de Galles). Llangelynin (Llan en gallois correspond à Lann en breton, la terre sacrée, ermitage, monastère) est donc l’ermitage de Celynin.


La Chapelle – Ar chapel

1- Historique - Istor

Il est assez probable que cette chapelle a été édifiée à l’emplacement d’une chapelle plus ancienne mais nous n’avons aucun document pour le certifier. Quoiqu’il en soit la chapelle actuelle a été construite, du moins pour le cœur et le transept, aux environs de 1460. Un écu extérieur lié à Jean de Lezpervez qui fût évêque de Kemper de 1451 à 1472 l’atteste.
Un inventaire réalisé en 1648, ainsi que divers écus encore visibles actuellement démontrent que la famille de Launay de Penn ar Yeun, liée ensuite à la famille de Kerguelen, a été au centre du financement de cet édifice. Mais les plus petits seigneurs des manoirs alentour, ceux de Rulazaroù (la famille de Boixière), de Lanneg, de Lezoudeved, de Lestudored et de Kerlestreg (d’après l’acte de réformation de 1426) ont eux aussi dû y contribuer pour partie. Les clés de voutes laissent penser que la famille de Rohan ainsi que le Duc de Bretagne y ont également participé.

2- Architecture – Ti-savouriezh

Chapelle de Quilinen

L’édifice comporte une nef à trois travées avec un bas-côté au nord et un chœur de deux travées à chevet plat. Au nord de celui-ci, on trouve une chapelle en aile à deux travées avec bas-côté occidental, formant faux transept.
L’arcade fortement moulurée qui sépare la nef du chœur pénètre directement dans deux piliers massifs avec contreforts extérieurs et escalier qui indiquent l’emplacement du clocher initial aujourd’hui disparu. Le petit clocher actuel date, lui, de 1868.
La nef et le bas-côté sont couverts de charpentes à chevrons formant fermes et lambris.
Le chœur et la chapelle sont voutés sur croisées d’ogives dont les clefs sont marquées d’armoiries (mouchettes d’hermines et mâcles).

3- Le mobilier – An delwennoù

St Yves entouré du riche et du pauvre

Le mobilier est principalement composé de statues qui pour la plupart sont classées Monuments Historiques ainsi que d’un très beau maître-autel à pavillons en bois sculpté et peint.

4- Les vitraux – Ar gwer livet

Autrefois toutes les baies étaient garnies de riches vitraux dont nous avons la description minutieuse dans un inventaire de 1648. Les soufflets aux tympans des différentes baies contenaient les écussons armoriés de différentes familles : Penaryeun, Laulnay, Kerguélen, Quistinic, La Roche… Sur les panneaux verticaux étaient représentés des chevaliers et demoiselles agenouillés.
L’abbé Favé qui commente le procès-verbal de 1648 dans le Bulletin de la Société Archéologique du Finistère de 1898 (P 14-29) nous dit : "Ces vitraux ont complètement disparu, il y a sept ans environ un brocanteur en emportait les derniers vestiges".

5- Le calvaire – Ar c’halvar

Calvaire de Quilinen

Ce calvaire du début du XVIème siècle est considéré comme le plus beau des calvaires du second ordre. Laissons l’abbé Jean-Marie Abgrall, un expert des monuments religieux du Finistère, nous le décrire (article du Bulletin de la Société Archéologique du Finistère de 1914) :

"Le monument que nous avons sous les yeux est d’un intérêt tout particulier ; on peut le classer comme le premier et le plus harmonieux des calvaires de second ordre ; on ne peut rien imaginer de plus heureux comme groupement de personnages et comme silhouette originale. La base est composée de deux massifs triangulaires se superposant et se compénétrant ; les angles du second correspondent au milieu des côtés du massif inférieur ; et tout autour de la deuxième base sur des culs-de-lampes en cariatides, les apôtres sont diversement étagés pour donner plus de mouvement à l’ensemble.
La plupart des cariatides tiennent de longues banderoles qui courent contre les parois du socle, et qui ont pu recevoir autrefois des inscriptions en couleur, mais ne portent pas de traces de peinture.
Au pied de la croix, par devant est ND de la Piété, tenant le corps de son fils, et accompagnée d’une sainte femme plus haut, à deux niveaux différents deux autres saintes femmes et l’apôtre Saint Jean. Au dos de la croix, on voit la Sainte Vierge tenant l’enfant Jésus dans ses bras ; plus haut, la Madeleine tenant un vase d’aromates et au sommet, derrière le crucifix Notre Seigneur ressuscité.
Les larrons, surtout celui de la gauche, se tordent dans des convulsions étranges et il y a peu de sculptures modernes qui auraient assez de hardiesse et d’habilité pour traiter des corps humains comme l’a fait le vieil imagier du XVIème siècle.
"

6- La fontaine – Ar feunteun

La fontaine de Quilinen - Hervé Saliou (1990)

Elle se situe à quelques dizaines de pas de la chapelle.

Le bassin d’où jailli la source est couvert par un bel édicule de style gothique. Sa façade est ornée de trois écussons mais seul celui qui se trouve au sommet est formellement identifiable : c’est celui de la famille de Launay de Penn ar Yeun où l’on reconnaît, passablement érodé, le "croissant d’or". Des deux autres, au pied, couvert de lichen, on ne devine plus le que le contour mais ils représentaient, d’après un texte de la fin du XIXème, le même croissant accompagné d’une croix pattée.

Les eaux des fontaines étaient connues pour guérir de certaines maladies. Quelle était donc la spécialité de la fontaine de Quilinen ? La tradition orale n’en fait plus mention. Par contre Mr Paul Peyron, dans un article paru dans le Bulletin de la Société Archéologique du Finistère de 1903 (P 150) nous indique que les pardons de cette chapelle ont lieu le mardi de Pâques et le 1er dimanche d’août. "On y demande la guérison des enfants paralysés et engourdis ; on les plonge quelquefois dans la fontaine voisine".